Intégration scolaire des enfants ukrainiens en France : le dispositif UPE2A expliqué par une enseignante

Enfant ukrainien souriant dans une salle de classe française avec une enseignante bienveillante
Le dispositif UPE2A combine classe ordinaire et heures dédiées au français, pour une inclusion progressive.

Un enfant ukrainien nouvellement arrivé est d’abord inscrit dans un établissement français et rattaché à une classe ordinaire, autant que possible selon son âge et son parcours scolaire. Après une évaluation, il peut bénéficier de 3 à 12 heures hebdomadaires de français en UPE2A, tout en suivant une partie des cours avec les autres élèves. L’UPE2A n’est donc ni une école séparée ni une classe destinée aux seuls Ukrainiens.

Cette scolarisation s'inscrit dans un contexte plus large d'intégration : voir notre panorama des communautés et associations ukrainiennes en France et notre guide des démarches administratives pour les familles franco-ukrainiennes.

Entretien éditorial avec Madame Isabelle Rocher, enseignante coordinatrice UPE2A.

Que se passe-t-il lors de l’inscription ?

Madame Isabelle Rocher — La famille doit prendre contact avec la mairie pour une inscription à l’école maternelle ou élémentaire. Pour un collégien ou un lycéen, elle peut être orientée vers l’établissement de secteur, la direction des services départementaux de l’Éducation nationale ou le CASNAV, selon l’organisation locale. Le CASNAV est le service spécialisé dans la scolarisation des élèves allophones nouvellement arrivés.

Il faut apporter les documents disponibles : identité de l’enfant, justificatif de domicile, carnet de santé et, si la famille les possède, bulletins ou attestations de scolarité ukrainiens. Une traduction même imparfaite peut aider. L’absence de dossier scolaire complet ne signifie pas que l’enfant ne sait rien ; beaucoup de familles ont quitté l’Ukraine sans pouvoir réunir leurs papiers.

Étape Interlocuteur possible Ce qui est recherché
Demande d’inscription Mairie, établissement ou services académiques Trouver une place dans le secteur
Premier accueil Direction et équipe éducative Connaître le parcours, les langues et la situation familiale
Évaluation Enseignant ou service désigné par le CASNAV Observer le français, les acquis scolaires et les besoins
Affectation Services académiques et établissement Organiser la classe ordinaire et, si possible, l’UPE2A
Début de scolarité Professeur principal, enseignants, coordonnateur UPE2A Construire un emploi du temps adapté

L’arrivée de ces élèves n’a rien eu de marginal : en septembre 2022, la Cour des comptes recensait 19 236 enfants ukrainiens scolarisés en France, dont 55 % en maternelle ou en élémentaire, selon les chiffres repris par La Classe.

À quoi ressemble une semaine en UPE2A ?

Enseignante aidant un jeune élève avec des cartes de vocabulaire français en classe
L'UPE2A alterne classe ordinaire et heures dédiées au français, selon un rythme adapté à chaque élève.

Madame Isabelle Rocher — UPE2A signifie « Unité pédagogique pour élèves allophones arrivants ». Le mot « allophone » désigne ici un élève dont la langue première n’est pas le français et qui doit apprendre le français de communication, mais aussi celui des consignes, des manuels et des évaluations.

Selon les modalités présentées par Réseau Canopé, la prise en charge représente de 3 à 12 heures par semaine selon le niveau scolaire. Les groupes sont limités à 15 élèves. Cela ne veut pas dire que chaque enfant reçoit automatiquement douze heures : l’emploi du temps dépend de son évaluation, de son autonomie et des moyens réellement disponibles.

Pendant les séances, nous travaillons le vocabulaire quotidien, puis très vite la langue scolaire. Comprendre « entoure », « justifie » ou « compare » est indispensable pour réussir, même lorsqu’on connaît la réponse. Nous reprenons aussi les codes de l’école française : utiliser l’agenda, lire un emploi du temps, demander une explication ou préparer une évaluation.

Le dispositif dure généralement environ un an. Il peut aller jusqu’à deux ans pour les élèves qui n’avaient pas été scolarisés auparavant dans leur pays d’origine, comme le rappelle la présentation du CASNAV de l’académie de Corse. Ce calendrier reste une orientation : la sortie se décide en fonction des besoins, pas à une date magique.

L’enfant quitte-t-il sa classe ordinaire ?

Madame Isabelle Rocher — Non. L’UPE2A fonctionne sur le principe de l’inclusion : l’enfant appartient à une classe ordinaire et rejoint le dispositif à certaines heures. Il peut suivre l’éducation physique, les arts, les mathématiques ou d’autres disciplines avec sa classe, puis travailler le français en petit groupe.

Une inclusion en classe ordinaire pendant au moins une semaine doit précéder toute prise en charge en UPE2A. Ce passage initial permet d’observer l’élève dans la vie réelle de l’établissement. Certains comprennent rapidement les routines grâce aux gestes et à l’imitation. D’autres ont besoin d’un accompagnement beaucoup plus explicite.

L’équilibre est délicat. Retirer un élève de trop nombreux cours peut ralentir son intégration sociale ou lui faire manquer une discipline dans laquelle il réussit déjà. Le laisser toute la journée en classe sans soutien linguistique n’est pas davantage satisfaisant : il risque de rester silencieux, de copier sans comprendre et de donner l’impression trompeuse qu’il « s’adapte ».

L’emploi du temps doit donc évoluer. Au début, l’UPE2A peut occuper une place forte ; elle diminue ensuite à mesure que l’élève devient autonome. Sur le terrain, ce réglage se heurte parfois aux horaires des enseignants, aux groupes déjà complets et aux déplacements lorsqu’une UPE2A accueille plusieurs établissements.

Les élèves ukrainiens apprennent-ils rapidement le français ?

Madame Isabelle Rocher — Il n’existe pas de réponse collective. Deux enfants arrivés le même jour peuvent progresser à des rythmes très différents. Leur âge, leur scolarité antérieure, leur disponibilité psychique et les langues déjà apprises comptent énormément.

Les élèves ukrainiens scolarisés avant leur départ possèdent souvent des habitudes de travail solides. Pourtant, savoir résoudre un problème en mathématiques ne permet pas forcément de comprendre son énoncé en français. Le passage de l’alphabet cyrillique à l’alphabet latin peut aussi ralentir la lecture et l’écriture au début, sans révéler une difficulté scolaire profonde.

À l’oral, certains enfants se lancent vite avec leurs camarades. D’autres observent longtemps avant de parler. Le silence n’est pas toujours un signe de refus. Il peut traduire la peur de se tromper, la fatigue ou le besoin de reprendre prise sur une situation subie.

Je conseille d’éviter les comparaisons entre frères et sœurs. Un petit enfant peut acquérir rapidement le français de la cour de récréation, tandis qu’un adolescent maîtrise mieux les notions académiques mais hésite davantage à parler. Ce dernier doit apprendre une langue nouvelle au moment même où les exigences scolaires deviennent plus abstraites.

Quelles difficultés rencontrez-vous réellement ?

Madame Isabelle Rocher — La barrière linguistique est visible, mais elle n’est pas la seule. Un enfant peut être physiquement présent en classe et mentalement préoccupé par un parent resté en Ukraine, un déménagement à venir ou une alerte reçue sur son téléphone. L’école ne peut pas effacer la guerre. Elle peut offrir un cadre stable, ce qui est déjà beaucoup.

Les difficultés les plus fréquentes prennent des formes très concrètes :

  • l’élève ne comprend pas les consignes et n’ose pas le dire ;
  • il reste avec un autre enfant ukrainophone et noue peu de liens hors de ce binôme ;
  • la famille maîtrise mal les messages de l’établissement ou l’espace numérique de travail ;
  • la fatigue apparaît lorsque des cours ukrainiens à distance s’ajoutent à une journée scolaire complète ;
  • un comportement agité ou un retrait extrême masque parfois une inquiétude plus profonde.

L’enseignant UPE2A n’est ni psychologue ni interprète permanent. Lorsqu’un enfant manifeste une souffrance persistante, l’équipe doit chercher le relais adapté : personnel de santé scolaire, psychologue, assistant social ou structure extérieure. Les délais peuvent être longs, et toutes les familles n’acceptent pas immédiatement cette aide. Sur les démarches d'installation qui pèsent souvent sur ces familles en parallèle, voir notre guide général pour les femmes ukrainiennes en France.

L’isolement existe aussi chez les adolescents. À cet âge, ne pas comprendre l’humour, les conversations rapides ou les références culturelles peut être brutal. Une bonne note ne suffit pas toujours à créer un sentiment d’appartenance.

Que prévoit-on pour les jeunes de plus de 16 ans ?

Madame Isabelle Rocher — Leur situation demande une attention particulière. Un adolescent peut arriver avec un projet scolaire précis, une formation professionnelle déjà engagée ou, au contraire, une scolarité interrompue. Il faut évaluer ses connaissances sans réduire son niveau à son français débutant.

La majorité des UPE2A destinées aux élèves de plus de 16 ans sont implantées en lycée professionnel. Cette implantation peut faciliter l’accès à des apprentissages concrets et à la découverte des métiers. Elle ne signifie pas que chaque jeune doit être orienté automatiquement vers la voie professionnelle. Son parcours antérieur, ses résultats et son projet doivent rester au centre de la décision.

Le défi tient au temps. À 8 ans, on peut envisager une progression linguistique sur plusieurs années de scolarité. À 17 ans, les échéances d’orientation et d’examen arrivent très vite. Il faut simultanément apprendre le français, comprendre le système français et préparer la suite.

Les parents doivent demander un entretien consacré à l’orientation, avec un interprète si nécessaire. Une décision mal comprise peut être vécue comme une relégation, alors qu’une formation professionnelle choisie peut constituer une voie solide.

Comment les parents peuvent-ils aider ?

Mère aidant son enfant à faire ses devoirs à la table de la cuisine
Un lien régulier et léger avec l'école compte souvent plus qu'un accompagnement scolaire intensif à la maison.

Madame Isabelle Rocher — La première aide consiste à maintenir un lien régulier avec l’établissement, même lorsque le français des parents est limité. Il vaut mieux envoyer un message court, traduit à l’aide d’un outil numérique, que laisser une incompréhension s’installer. Un proche ne devrait pas dépendre systématiquement de l’enfant pour traduire des échanges sensibles sur sa propre scolarité — voir aussi notre entretien sur le bilinguisme et l'identité des enfants franco-russes pour des repères similaires côté couple franco-russe.

À la maison, nul besoin de transformer chaque soirée en cours de français. On peut soutenir l’apprentissage de manière plus légère :

  • vérifier l’agenda et repérer les horaires d’UPE2A ;
  • demander à l’enfant de montrer ce qu’il a compris, sans exiger une traduction mot à mot ;
  • regarder une émission courte en français avec des sous-titres ;
  • fréquenter la bibliothèque, une association sportive ou une activité locale ;
  • conserver l’ukrainien comme langue familiale et comme ressource culturelle ;
  • prévenir l’école en cas de fatigue, de cauchemars ou de changement de logement.

Continuer à parler ukrainien ne ralentit pas mécaniquement l’apprentissage du français. Une langue familiale riche aide l’enfant à raisonner, raconter et conserver une continuité avec son histoire. En revanche, cumuler un programme ukrainien complet à distance avec l’école française peut provoquer une surcharge. Il faut choisir ce qui reste réaliste.

Le panorama publié par France Ukraine rappelle aussi la place des associations dans l’accompagnement des familles. Elles peuvent aider à comprendre les démarches, à trouver des activités ou à rompre l’isolement des parents.

Comment prépare-t-on la sortie de l’UPE2A ?

Madame Isabelle Rocher — La sortie ne signifie pas que l’élève maîtrise tout le français scolaire. Elle indique qu’il peut suivre sa classe ordinaire avec des adaptations raisonnables et que le soutien intensif en petit groupe n’est plus nécessaire.

Nous observons sa compréhension des consignes, sa participation et sa capacité à produire un travail personnel. Les résultats bruts ne suffisent pas. Un élève peut obtenir une note moyenne tout en ayant fourni un effort linguistique considérable ; un autre peut réussir des exercices courts mais rester perdu devant un texte long.

La transition gagne à être progressive. Certaines heures sont rendues à la classe ordinaire, puis l’équipe vérifie si l’élève tient le rythme. Après la sortie, les enseignants peuvent encore adapter les supports, expliciter le vocabulaire ou accorder davantage de temps.

La limite du système apparaît ici : toutes les équipes n’ont pas la même formation et les UPE2A ne sont pas réparties uniformément. Les parents peuvent demander un point de suivi, sans attendre que les difficultés deviennent massives. Le ministère de l’Éducation nationale présente les principes d’accueil des enfants ukrainiens et les interlocuteurs mobilisables.

Sources : Accueil et scolarisation des enfants ukrainiens — ministère de l’Éducation nationale · Près de 20 000 élèves ukrainiens dans les écoles françaises — La Classe · Modalités de fonctionnement des UPE2A — Réseau Canopé · Le dispositif UPE2A — CASNAV de l’académie de Corse · Réfugiées ukrainiennes en France en 2026 — France Ukraine

Questions fréquentes

L’UPE2A est-elle obligatoire ?

L’enfant doit être scolarisé et inclus dans une classe ordinaire. La prise en charge en UPE2A dépend de l’évaluation de ses besoins et de l’organisation académique locale.

Combien d’heures de français sont prévues ?

Le dispositif représente généralement de 3 à 12 heures par semaine, selon le niveau scolaire et les besoins de l’élève.

Faut-il déjà parler français pour être inscrit ?

Non. L’absence de français n’empêche pas la scolarisation. L’évaluation sert précisément à organiser l’accompagnement linguistique.

L’enfant peut-il continuer ses cours ukrainiens à distance ?

C’est possible, mais la charge totale doit rester supportable. Les parents peuvent en discuter avec l’équipe éducative si l’enfant montre des signes de fatigue.

Qui contacter en cas de difficulté persistante ?

La direction de l’établissement, le professeur principal ou le coordonnateur UPE2A sont les premiers interlocuteurs. Selon le problème, le CASNAV, le service social ou les personnels de santé scolaire peuvent ensuite être sollicités.